La droite lance une attaque sur Swissinfo et TV5Monde

Extrait de Le Temps

La commission des finances du Conseil national veut couper quatre millions sur le budget des activités de la SSR pour l’étranger.
Décidément, la SSR ne connaîtra plus de répit au Conseil national. En août dernier, sa Commission des télécommunications (CTT), insatisfaite du rapport du Conseil fédéral sur l’avenir du service public dans l’audiovisuel, avait exigé un rapport complémentaire attendu pour la fin de l’année. Cette fois-ci, c’est la Commission des finances qui passe à l’offensive, voulant rogner plus de 10% du budget consacré aux activités de la SSR pour l’étranger.

Une épée de Damoclès plane désormais sur la plateforme Swissinfo et sur la présence helvétique sur les chaînes internationales TV5Monde et 3sat notamment. C’est en effet par ces canaux que la SSR entend faire rayonner la Suisse et ses valeurs dans le monde. Dans ce but en juin dernier, elle a signé avec le Conseil fédéral un nouvel accord de prestations de quatre ans (2017-2020) portant sur un crédit annuel de 39 millions.

C’était compter sans le programme de stabilisation du patron des finances Ueli Maurer, qui veut économiser un milliard de francs par an durant les trois prochaines années. Son département a proposé une coupe de 500’000 francs sur ce poste. Mais le 11 octobre dernier, la Commission des finances a décidé de quadrupler ce montant en le portant à deux millions. Comme la SSR et la Confédération financent paritairement le crédit, les économies pourraient se chiffrer à 4 millions au final.

Thomas Aeschi en père la rigueur
Au sein de la commission, c’est Thomas Aeschi (UDC/ZG) qui joue les pères la rigueur, lui dont le parti n’aime ni la SSR ni son activité à l’international. Dans un premier temps, il a suggéré de couper près de la moitié du budget consacré à ce poste, soit 9 millions. Jugée trop extrême, cette requête a été rejetée par 16 voix contre 9. C’est alors que Hans-Ulrich Bigler (PLR/ZH), l’homme qui a fait trembler la SSR en juin 2015 lors de la votation sur la nouvelle redevance radio-TV, s’est engouffré dans la brèche. Dans un «compromis», il a demandé de réduire la coupe à deux millions, proposition qui a réuni une majorité de 13 voix contre 12.

Comme son parti, Thomas Aeschi est un adepte du principe de subsidiarité, selon lequel le service public ne doit accomplir que les tâches ne pouvant être remplies par les acteurs privés du marché. «La SSR fait trop de choses qui pourraient être assumées par les privés», déclare-t-il au Temps. Il ne voit dès lors pas quelle est la plus-value apportée par le site «swissinfo.ch» lorsqu’il s’adresse aux Suisses de l’étranger. «Ceux-ci pourraient tout aussi bien consulter les portails des éditeurs privés pour s’informer», estime-t-il.

Un budget qui n'a cessé d'être réduit
Nichée dans le même bâtiment que la direction générale à la Giacomettistrasse à Berne, la rédaction de Swissinfo compte une petite centaine de collaborateurs et dispose d’un budget annuel de 17 millions qu’il n’a cessé de se rétrécir tel une peau de chagrin depuis les années 2000 (36 millions). Travaillant dans dix langues, du français au chinois et de l’anglais au russe, elle est unique en Suisse. «C’est une petite ONU dont la culture est marquée par le respect mutuel», note son directeur Peter Schibli. Un patron désormais très inquiet: «Si le Conseil national confirme les coupes de sa commission, nous devrons peut-être supprimer deux de nos langues de travail».

Amoindrir Swissinfo, ce serait toucher à un outil qui est plus qu’une plateforme d’information: il joue un rôle en matière de démocratie directe dans le monde. Lorsque la Tunisie a retrouvé l’accès à l’internet en 2011 après la chute du président Ben Ali, ses citoyens ont cliqué 80’000 fois en une nuit sur le site de la SSR. Personne n’avait oublié l’hymne à la démocratie prononcé à Tunis par Samuel Schmid en 2005!

TV5Monde touche 300 millions de foyers
Autre victime potentielle des économies de la commission des finances: la présence des émissions de la RTS et de SF sur les chaînes internationales TV5Monde et 3sat. On l’ignore généralement en Suisse, mais à elle seule, la chaîne francophone touche 300 millions de foyers dans 200 pays du monde. Inutile de dire que c’est une tribune de rêve pour les émissions phare de la RTS comme le 19:30, Temps présent ou Mise au Point.

Ne cessant de sillonner le monde pour défendre la cause de la francophonie, le sénateur Didier Berberat (PS/NE) s’alarme de la décision de la commission des finances du Conseil national: «Ces économies nuiraient gravement au rayonnement de la Suisse», déplore-t-il. En plénum, le Conseil national aura l’occasion de corriger le tir le 29 novembre prochain.