Redevance Radio-TV: «No Billag» veut interdire à la Confédération suisse de financer un service public, sauf en temps de guerre

À qui et à quoi sert la redevance perçue jusqu’ici par l’entreprise Billag? La SSR produit des contenus en français, en allemand, en italien et en romanche qu’elle diffuse sur 24 chaînes de radios et TV. S’y ajoutent 34 chaînes régionales de radio et de télévision, comme Canal9, Radio Chablais ou encore Rhône FM. En Suisse romande, 19 stations vivent totalement ou partiellement de la redevance.

La répartition de cette redevance se fait sur le modèle de la péréquation financière: les gros paient pour les petits. Les minorités linguistiques sont donc soutenues par la Suisse alémanique. Si on prend uniquement les chaînes de la RTS, 30% de leur budget provient de Suisse alémanique. Quant aux chaînes italophones de la RSI, 83% de leur budget est perçu en Suisse allemande.

L’initiative populaire ajoute quatre alinéas à l’article 93 de la Constitution:

  • La Confédération met régulièrement aux enchères des concessions de radio et de télévision.
  • Elle ne subventionne aucune chaîne de radio ou de télévision. Elle peut payer la diffusion de communiqués officiels urgents.
  • Aucune redevance de réception ne peut être prélevée par la Confédération ou par un tiers mandaté par elle.
  • En temps de paix, la Confédération n’exploite pas ses propres chaînes de radio ou de télévision.

En cas de OUI, les médias audiovisuels ne pourront plus être financés par la Confédération. L’initiative ambitionne de couper tout financement public des radios et télévisions.

Les médias concernés seraient totalement privés d’argent public dès le 1er janvier 2019, soit dans une année.

15’000 personnes travaillent aujourd’hui dans ces entreprises. En Suisse romande 7 chaînes de télévision pourraient purement et simplement disparaître. RTS 1, RTS 2, Canal Alpha, La Télé, Léman Bleu, Telebielingue et votre chaîne, Canal9. Douze radios viennent s’ajouter à la liste, vous les voyez s’afficher à l’écran.

La Suisse deviendrait alors le seul pays du continent européen qui ne disposerait pas de médias de service public.

En cas de NON, le principe de la redevance restera. Les chaînes radios et télés actuelles continueront d’exister. La SSR devra cependant réduire la voilure et économiser 50 millions sur son budget.
Quant aux médias hors SSR, ils disposeront de davantage de moyens puisque leur quote-part passera de 5 à 6%: radios et télés régionales se partageront le 6% du montant total perçu par la redevance.

Dès 2019 la facture annuelle des ménages sera réduite à 365.- contre 451.- aujourd’hui. Ce sera donc un franc par jour et par ménage.

En ce qui concerne les entreprises, voici la grille qui entrera en vigueur dès 2019:

Les sociétés qui réalisent moins de 500’000.- de chiffre d’affaires sont exonérées, les sommes oscillent ensuite de 375 à 39’000 francs par année. Ce qui signifie que 75% des entreprises suisses ne paieront rien. Et parmi les payeurs, la grande majorité déboursera 375 ou 1000.- par année. Les 345 plus grosses sociétés du pays qui réalisent au moins un milliard de chiffre d’affaires paieront quant à elles 39’000 francs.

Canal9.ch

 

L'édition spéciale quadrilingue de Culture En Jeu sur l'initiative No Billag vient de paraître !

Ce n’est toutefois pas un simple cadeau. C’est un contrat. Et il me vient à l’esprit de lire les petits caractères. J’y vois que je m’engage à long terme et pas seulement pour ma petite personne : il s’agit de modifier le code des lois de mon pays, la Constitution. Je suis aussi censé m’engager envers ma famille, mes amis, mes voisins, mes collègues de travail, mes concitoyens des autres régions, afin qu’à l’avenir, nos joies ou nos inquiétudes, notre besoin de comprendre ce qui nous arrive, nous les confiions à des chaînes de radio-tv internationales, parce que le contrat prévoit qu’on ne pourra plus aider les nôtres. (Et en tout petits caractères qu’il faut lire à la loupe). Il n’est pas certain que ces chaînes étrangères aient beaucoup de place pour notre petit bout de continent, sauf pour des faits sanglants, bien entendu. En fait, il faut s’attendre à l’oubli, comme pour les régions françaises. Le sympathique jeune homme tente un dernier argument pour extorquer ma signature : selon lui, je n’ai pas à prendre un ton d’enterrement, la suppression de deux tiers de ses moyens n’empêcherait nullement le service public de radio-TV de trouver d’autres moyens de se financer…

Quels moyens ? La publicité sur la RTS ne se développe plus, même en instaurant une désagréable interruption des programmes ; elle préfère internet. D’ailleurs, trop de publicité tire les programmes vers le bas, la brutalité, le racolage. Sans compter une ligne encore plus discrète que je découvre dans le contrat et qui signale que le financement public serait interrompu d’un coup sec le 1er janvier 2019. Une RTS obligée de fermer boutique sans délai en dix mois échapperait difficilement à la faillite. Quel privé voudrait relancer une radio-TV de cette qualité et de cette ampleur, couvrant aussi bien l’info que la culture, le divertissement que le sport, dans laquelle il faudrait investir au bas mot un milliard pour racheter les dépouilles de la RTS et les rénover ? Quel éditeur privé fournirait cette mise, sachant qu’il faut prévoir un fonctionnement de 500 millions par an, alors que dans la balance, les rentrées du marché publicitaire romand radiovisuel ne pèsent pas beaucoup plus de cent cinquante millions par an ? Il faudrait réintroduire un abonnement. Pour couvrir un même éventail de programmes, on en reviendrait très vite au franc par jour qu’on était censé s’éviter...

Le démarcheur, je viens poliment de le renvoyer. Je sais qu’il va trouver au coin de la rue quelques oreilles complaisantes pour entendre que c’est trop cher payé pour des radio-TV pas regardées (et nombre sont de mauvaise foi en oubliant les diffusions sur internet). Si ces concitoyens l’emportent, à cause d’eux, j’habiterai désormais dans un pays riche, vanté jusqu’alors pour la douceur d’y vivre, et qui prendra le risque, afin d’économiser un quart du prix d’un café par jour, de renoncer à se forger une image de lui-même et d’éroder la confiance qui y règne. Aux moindres divergences dans la façon de voter, les relations avec les autres régions vont s’enflammer, et le sentiment d’appartenir à une minorité peu considérée par la majorité alémanique s’accroître. Tous les pays proches qui ont subi une dégradation de leurs médias radio-visuels, comme l’Italie, l’Espagne, la Grande-Bretagne, ont connu ces dernières années une grave altération de leurs relations d’une région à l’autre, comme ces derniers jours, la Catalogne, ou de leurs relations avec le reste du monde, comme le Brexit.

La SSR et les radio-TV locales ont quelque chose à voir avec le mode vie dans ce petit territoire où on ne fait pas tout comme les autres, où on respecte les minorités, et où on croit en son destin sans pour autant souhaiter écraser les voisins. Ce climat vivable, dû en partie à la confiance qu’inspirent nos médias radio-visuels, il a fallu des décennies pour l’instaurer, peut-être même plus. On peut le casser en une votation.

 

Plus d'info sur : http://www.cultureenjeu.ch/?a=723

Si vous souhaitez recevoir un exemplaire merci de nous envoyer vos coordonnées et mentionner quelle version (français, allemand ou italo-romanche) à info@mfa-mpt.ch

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No Billag, une nouvelle histoire de poutre et de paille

Les débats qui précédent le vote sur les initiatives sont l’occasion de grands déballages. Plutôt que de discuter du texte proposé et de ses conséquences prévisibles, on pérore sans fin sur des sujets annexes. Ainsi, avant le 9 février 2014, on a beaucoup évoqué le manque de places dans les trains, et beaucoup moins la réaction prévisible des pays de l’Union européenne si nous décidions de donner un gros coup de canif dans l’édifice, patiemment construit, des accords bilatéraux. ( Nous sommes trois ans plus tard – l’encombrement dans les trains n’a pas changé – mais les ennuis que nous nous sommes créés avec l’UE ont été sérieux).

Avec No Billag, je constate que beaucoup se perdent dans les détails, par exemple en regrettant la manière dont la redevance est perçue. L’entreprise Billag n’est certes pas un modèle (le Conseil fédéral lui a d’ailleurs retiré le mandat), mais cela n’est pas le sujet.

D’autres critiquent tel ou tel programme de télévision, en passant totalement sous silence que les programmes de radio seraient aussi abolis, de même que le très riche site d’information de la RTS ne serait plus accessible. Sans parler des petites vidéos de Nouvo, formats prisés des jeunes consommateurs.

Si la redevance n’est plus perçue, la vérité, c’est que les téléspectateurs, auditeurs de la radio, et consommateurs du site de la RTS vont devoir débourser plus d’argent pour s’informer et se divertir. Payer plus pour avoir moins qu’avant, c’est une jolie définition de l’arnaque.

Alors, on peut dévier du débat, mais la conséquence de No Billag ce sera cela pour tous les Suisses, et particulièrement des Romands que nous sommes (et qui bénéficient de la clé de répartition favorable aux minorités latines!).

Il y aurait encore plein d’autres conséquences à évoquer, sur la démocratie et sur la cohésion nationale, sur l’emploi aussi, que j’évoquerais à d’autres occasions.

Mais prenons garde à cette histoire de poutre et de paille… Je cite la parabole (un peu d’écritures saintes, ça ne fait jamais de mal):

Matthieu chapitre 7, versets 3 à 5 :

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. »

Chantal Tauxe
 http://chantaltauxe.ch/no-billag-une-nouvelle-histoire-de-poutre-et-de-paille/

 

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Communiqué de presse Fijou, association pour le financement du journalisme

Lausanne, le 2 novembre 2017

Les journalistes créent FIJOU pour un nouveau mode de soutien à la presse

Ce 31 octobre, a été créée à Lausanne l’association FIJOU, pour le financement du journalisme. Fijou (pour Financer le journalisme) a pour but de soutenir financièrement le journalisme suisse, en particulier les titres et projets journalistiques romands.

Sont membres fondateurs Médias pour Tous, impressum-les journalistes suisses,  l’Association Médias d’avenir. L’association est ouverte à des éditeurs individuels et à d’autres organisations d’éditeurs. Lors de l’assemblée constituante, il y avait de nombreux journalistes et acteurs de la branche intéressés. Fijou est la concrétisation de travaux réalisés par un groupe de travail de Médias pour Tous.

Fijou a pour but de récolter auprès des cantons et villes romands ainsi que de la Loterie romande, les moyens d’attribuer une aide financière à des nouveaux médias, à un Pacte de l’Enquête (soutien direct à des projets d’enquêtes réalisées par des journalistes professionnels, notamment), ainsi qu’à des journaux existants (p.ex. par un cash back à certains abonnés, notamment les jeunes).

A l’heure où la Commission fédérale des médias lève le tabou de l’aide directe au journalisme, les journalistes présents à la constitution de Fijou ont salué cette étape importante pour un projet qui encouragera fortement la diversité des titres en Suisse romande et aideront les journalistes à monter de nouveaux projets indépendants et importants pour la formation de l’opinion du public.

Lors de l’assemblée constituante, ont été élus Coprésidents Frédéric Gonseth, cinéaste et Chantal Tauxe, journaliste. Les autres membres du Comité sont : Michel Bührer, Dominique Diserens, Alain Maillard, Patrick Vallélian, Marc-Henri Jobin et Giuseppe Melillo.

Pour davantage d’informations :
Frédéric Gonseth, cinéaste, Coprésident de Fijou : 079/412 68 63
Chantal Tauxe, journaliste, Coprésidente de Fijou : 079/6783910
Dominique Diserens, Secrétaire centrale impressum, membre du Comité de Fijou : 079/243’80’25

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Le fantasme du journalisme sans journalistes

A écouter certains débats sur l’avenir du journalisme ou l’intelligence artificielle prend de plus en plus corps le fantasme du journalisme sans journalistes, dont ont rêvé certains éditeurs.
Au fait, pourquoi rêvaient-ils de remplir leurs journaux sans ceux dont c’est le métier? Parce que fondamentalement les journalistes sont des empêcheurs de tourner en rond, des emmm…. patentés, des ronchons, des grandes gueules, des jamais contents, des toujours critiques, des sceptiques par déformation professionnelle, des gens payés pour douter,…

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